Avez-vous déjà entendu parler de l’Institut Royal de la Culture Amazigh ? Connaissez-vous sa mission ?

Le 17 octobre 2001 le Roi Mohamed VI a prononcé son fameux discours à Ajdir (Khénifra), établissant l’Institut Royal de la Culture Amazigh –IRCAM-, une initiative saluée à l’époque par les militants de l’amazighité, pas tous, mais ceux qui croient en le changement de l’intérieur, ils y voyaient une opportunité de concilier l’Etat avec l’une de ses composantes sociale et culturelle.
La mission de l’IRCAM consiste en la sauvegarde et la promotion du patrimoine et de la culture amazighes. L’IRCAM dispose d’un conseil d’administration dont les membres sont nommés par le roi, en termes d’organisation l’institut est subdivisé en deux structures ; une administrative qui comprend le rectorat (une sorte de direction), le secrétariat général, des départements (RH, Finances…), et une structure académique, essentiellement des centres de recherches.
La mission d’instituer l’IRCAM a été confiée à Mohamed Chafiq, un personnage conciliateur, ayant servi le palais tout en étant proche des militants de la première heure de l’amazighité, et lui-même militant sous une approche culturelle plus que politique. Cependant, l’ère Chafiq ne durera pas plus de deux ans, il quittera ses fonctions pour des raisons de santé, explication qui n’a pas convaincu, a-t-il été perdu la foi en l’utilité de l’IRCAM ? a-t-il été poussé vers la porte ? Une chose est sûre : une lutte intestinale pour le pouvoir au sein de l’institut étaient engagées, et cela, avant même le départ de Chafiq. En 2003 c’est un certain Ahmed Boukouss qui reprendra le rectorat de l’IRCAM.
En 2005 une démission collective de sept membres du conseil d’administrations a secoué l’IRCAM, les démissionnaires protestaient contre le comportement des ministères de l’éducation et celui de la communication à l’égard des requêtes formulées par l’IRCAM, ils stigmatisaient aussi l’inertie de l’institut et son cantonnement dans un rôle culturel.
Ahmed Boukouss a voulu une rupture avec l’héritage de Mohamed Chafiq, mais à sa manière, il a ainsi écarté quatre directeurs de centres de recherches, en leur signifiant la fin de leur mission à la tête de leurs centres, c’était en 2006. Sans doute, à l’IRCAM on aime travailler en famille, et pour preuve, les épouses du recteur Ahmed Boukouss et du secrétaire général El Houssine El Moujahid travaillent elles aussi à l’IRCAM, elles occupent des postes de directeur de centre de recherche, l’une des plus hautes fonctions de l’institut.
Le siège (photo) de l’IRCAM est d’un luxe ostentatoire à faire pâlir d’envie certaines administrations marocaines ; marbre au sol, boiseries raffinées, salle de conférence et des bureaux démesurés. Tout cela pour une centaine de personnes, entre staffs administratifs et chercheurs, qui n’exploitent qu’une partie de ces locaux.
Les moyens financier et humains dont dispose l’IRCAM sont conséquents. Un budget de 70 millions a été alloué à l’institut (au titre de l’année 2006), cependant, on en a dépensé 60 %, on aurait pu enrichir la maigre bibliothèque de l’institut avec l’excèdent, mais apparemment au sein de l’institut on aime montrer qu’on prend soin de l’argent du contribuable. Comme moyens humains, l’IRCAM dispose d’un nombre important de cadres, d’agents et une armée de secrétaires, le tout en surnombre. Mais les postes qui suscitent toutes les convoitises sont ceux des chercheurs, et pour cause : une rémunération alléchante, des horaires flexibles, des voyages à l’étranger et les indemnité qui s’y ajoutent. Quoique, les critères de recrutement des chercheurs au sein de l’institut restent opaques.
Parlant en langage d’entrepreneurs, en quoi consiste la valeur ajoutée de l’IRCAM ? Qu’est-ce qu’il a produit ? A ce que je sache l’IRCAM a édité des dizaines de travaux de recherche, il a également édité les manuels de l’enseignement de la langue amazighe, il soutient quelques festivals, il participe à des colloques, il conclut des convention à tour de bras et il distribue des aides aux associations oeuvrant pour la culture amazighe, sans critères prédéfinis et sans contrôle à posteriori.
Z
Paroles d’un Zèbre.